Clara Rojas, née le 20.12.1963 à Bogota, seule fille d'une famille de cinq enfants, célibataire, est une femme énergique et discrète.
De 1982 à 1986 elle est en faculté de droit. En 96, 97 études politiques. Clara a été professeur de droit économique à l'université, puis a travaillé dans un cabinet d'avocats.
C'est en 1993 au ministére du commerce extérieur qu'elle rencontre Ingrid, quand Juan Manuel Santos, ministre, demande leur collaboration. Toutes deux étant intelligentes et disciplinées, celà facilite leur relation. Elles se lancent en politique avec grand succès, tout d'abord élues à la chambre des députés puis au sénat. Trés stricte en affaires, on pouvait l'appeler de jour et de nuit.
Clara est l'ombre d'Ingrid mais aussi brillante. La solidarité entre elles passent par le coeur.
Au moment de leur enlèvement, Clara refuse sa libération pour rester au côté d'Ingrid.
(extrait d'un article de Lucia Muloz Ortiz dans le journal "Terra" du 23.08.02 et extrait du cv de Clara)
Clara Gonzalez de Rojas, mère d'otage, mère courage 22/02/2006 - Le Monde
Elle est attente, tristesse et bonté. A demi-paralysée, Clara Gonzalez de Rojas a perdu tout espoir de "redevenir elle-même", mais elle ignore la haine. Il y a quatre ans, sa fille, Clara Leticia Rojas, était enlevée par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). L'ex-candidate à la présidence, Ingrid Betancourt, a son portrait affiché sur l'Hôtel de Ville à Paris. Peu de Français connaissent l'existence de sa chef de campagne et compagne d'infortune.
Le 23 février 2002, Clara Rojas, alors âgée de 38 ans, accompagne Ingrid à Florencia, dans le sud du pays, pour rejoindre San Vicente del Caguan, un gros bourg où, pendant trois ans, gouvernement et guérilla ont tenté le pari fou de négocier la paix. Les autorités essaient par tous les moyens de dissuader les deux femmes de prendre la route. Une semaine plus tôt, les pourparlers de paix ont été rompus.
La guerre a repris ses droits. Comment expliquer que Clara, que sa mère dit "lucide et responsable", ait accepté de suivre Ingrid Betancourt dans cette aventure ? "Appelez cela de la loyauté ou de l'inconscience, mais Clara n'aurait jamais laissé Ingrid seule", affirme Mme Gonzalez. Les deux femmes n'étaient pas des amies intimes. Mais Clara croyait au projet politique d'Ingrid.
Mme Gonzalez vit alors à la campagne. Elle s'y était installée dix ans plus tôt, lorsque la mort de son mari, représentant en pièces détachées, l'avait laissée sans ressources. "Dans notre maison d'Utica, à quatre heures de route de Bogota, je pouvais cultiver mon potager", explique-t-elle. Guérilleros et paramilitaires sévissent dans la région, mais ils laissent tranquille cette vieille dame paisible que l'on voit rarement au village. Quand, le jour même, les radios annoncent l'enlèvement d'Ingrid, les nouvelles sont confuses.
Mme Gonzalez rentre précipitamment à Bogota. Le lundi un fax arrive : Clara confirme qu'elle est aux mains de la guérilla. Le lendemain, Mme Gonzalez ne peut plus se lever, l'angoisse a eu raison de ses tendons et de ses muscles. Claraleti est la petite dernière de cinq enfants, la seule fille, la préférée. Mme Gonzalez ne s'en cache plus. "Le plus dur c'est le sentiment d'impuissance", affirme-t-elle, poursuivant avec un sourire triste : "Un ami de Clara, journaliste, me suggérait de faire pression à New York et à Paris. Appeler New York ? Moi, qui ne connaissais personne ?" Le doute, toujours, la taraude : "Est-ce que j'aurais pu faire quelque chose ?" Quand il s'avère qu'Ingrid et Clara ne seront pas libérées de si tôt, Mme Gonzalez retourne à la campagne. Elle tente de noyer sa tristesse en regardant pousser ses roses. Elle apprend à utiliser Internet pour rester en contact avec les familles qui partagent son sort. Les guérilleros des FARC détiennent 61 "otages politiques" qu'ils veulent échanger contre leurs camarades prisonniers, et plusieurs centaines d'otages économiques, enlevés contre rançon.
A Bogota, les créanciers montrent les dents et menacent de saisir le deux-pièces de Clara, dont les traites n'ont pas été payées. Dans ce pays où l'enlèvement est devenu un fait de société, la loi oblige l'employeur à payer le salaire d'un employé séquestré. Mais Clara n'avait pas signé de contrat, et Oxygeno verde, le parti d'Ingrid Betancourt, a cessé d'exister. Mme Gonzalez s'installe alors dans cet appartement dont chaque objet lui rappelle son enfant. Avec orgueil, Mme Gonzalez égrène le CV de sa benjamine : études de droit et un brillant début de carrière dans le secteur public. Mme Gonzalez se prend parfois à parler au présent : "Claraleti réussit tout ce qu'elle entreprend, elle est tellement active..." Fin 1991, Clara Rojas avait croisé Ingrid Betancourt au ministère du commerce extérieur. Dix ans plus tard, elle a abandonné toute activité professionnelle pour se consacrer à plein temps à la campagne présidentielle d'Ingrid. Mme Gonzalez ne peut contenir un sanglot.
Le président de la République, Alvaro Uribe, n'a jamais pris la peine de recevoir cette dame effacée qui n'aime pas les caméras. "Je lui ai écrit plusieurs fois, ses conseillers m'ont répondu des lettres très aimables", dit Mme Gonzalez. La famille d'Ingrid Betancourt n'a pas de mots assez durs pour condamner l'attitude du chef de l'Etat, réticent à toute négociation avec la guérilla. Mme Gonzalez, elle, "tente de le comprendre". Elle n'a même pas essayé de l'approcher en 2005, à l'occasion d'un séminaire sur le terrorisme : "Il y a tellement de problèmes dont il doit s'occuper."
En juillet 2002, les FARC ont fait parvenir une vidéo. Les deux jeunes femmes, amaigries, sont assises à une table ; c'est Ingrid qui parle. Dans une deuxième vidéo, diffusée en août 2003, les otages semblaient en meilleure condition physique, mais rien ne permettait de savoir si elles étaient encore détenues ensemble. Clara, la voix brisée, ne s'adressait qu'à sa mère. Sa fragilité a ému le pays. Depuis deux ans et demi, les guérilleros n'ont donné aucun signe de vie des deux otages. "Je tente de comprendre leur cruauté. Je crois qu'ils tentent de nous faire vivre et de nous faire souffrir ce qu'ils ont eux-mêmes vécu et souffert", dit Mme Gonzalez. Depuis l'enlèvement de sa fille, elle a beaucoup lu "pour tenter de comprendre comment (son) pays en est arrivé là". Dans l'épreuve, la douceur parfois pointe. Mme Gonzalez dit "avoir connu la vraie solidarité" avec ces familles d'origine modeste dont les fils soldats sont aux mains des FARC, certains depuis huit ans.
Ses deux petites-filles et leur mère font irruption. Mme Gonzalez se lève avec difficulté du canapé pour les accueillir. La plus jeune des fillettes, Maria Alejandra, avait 5 ans quand sa tante a disparu. "J'ai dû l'emmener chez un psychologue, raconte sa mère, c'était terrible ce bout de chou qui répétait tout le temps qu'elle haïssait les FARC." Mme Gonzalez se rassoit. Des larmes tombent sur ses belles mains ridées. Elle n'a pas de haine pour les guérilleros : "Pourquoi de la haine ? Ce serait de la douleur en plus, j'ai assez à faire avec celle de l'absence."
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