Le directeur de la Commission Européenne pour l'Amérique latine, Tomás Duplá del Moral, visitera la Colombie au cours de cette semaine. Le but de cette visite est de s'informer sur la situation des droits humains, sur les relations commerciales, et sur les perspectives de rapprochement avec la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) pour obtenir la libération de quelque 60 politiciens, dont Ingrid Bétancourt, militaires et policiers kidnappés en échange de quelques centaines de rebelles emprisonnés par le gouvernement .
Raül Reyes
Extrait d'Interview de Raûl Reyes: Naturellement les FARCs en effet maintiennent des contacts avec des gouvernements, partis politiques, organisations sociales et populaires de différents pays européens, bien qu'il soit irritant d'être inclus dans les listes de terroristes.
Ils sont faits en développement de notre politique d'établir des relations avec les gouvernements et les peuples du monde.
Le nouveau plan militaire a été présenté par le ministre de Défense, Juan Manuel Santos. Appelé Plan de Guerre, il remplacera l'actuel Plan Colombie. Pour Juan Manuel Santos, la base du nouveau plan est d'obtenir le respect des droits humains et la désarticulation des organisations consacrées au trafic de drogues. Il a aussi fait référence aux groupes qui sont apparus et qui assurent être paramilitaires, et qu'il considère comme des bandes criminelles devant être contrôlées.
Le Ministre de la Défense a en outre précisé que sont encore ouvertes les solutions pour les kidnappés, lesquelles ne peuvent pas être "à tout prix", ni imposées sous la pression du terrorisme. La reconception du Plan Colombie a été conjointement faite avec les Etats-Unis.
Selon le quotidien EL TIEMPO, ce changement suppose que l'étape de persécution du secrétariat des FARCs (idée initiale de l'opération "JM" du plan Patriote) passe au second plan pour se concentrer sur l'éradication des finances qui sont le moteur de cette guérrilla.
Commentaire:
Cette affirmation publique, que des solutions sont toujours possibles pour les kidnappés, est un nouveau petit pas vers le retour à des négociations sérieuses. Le changement de majorité au Congrès des Etats-Unis n'est sans doute pas étranger à cette inflexion de l'attitude de l'Armée colombienne. Si une sollicitation assez forte est menée en direction du Congrès américain, notamment de la part des comités nationaux (il y en a aux USA), internationaux, et de la part des pays européens impliqués, on pourrait assister rapidement à une reprise des négociations pour un échange humanitaire. La présidente du Congrès, Nancy PELOSI, qui a souvent adopté des positions en faveur du respect des droits humains, pourrait avoir une influence prépondérante.
Nancy PELOSI Nancy Pelosi rencontre la militante anti-guerre Cindy Sheehan au Capitole (photos site N. PELOSI http://www.house.gov/pelosi/)
La Commission des Paix du Congrès colombien a envoyé le 10/11 un message à la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie (FARCs) en lui demandant de permettre, "dans un geste humanitaire", la visite de missions médicales à tous les kidnappés.Cette demande fait suite à la visite médicale, initiée par le Congrès, de guérilleros détenus à la prison de Bogota. Cette visite, selon la présidente du Congrès, membre de la Commission de Paix, Dilian Francisca Toro, crédite un chemin pour obtenir l'accord humanitaire.
Commentaire:
Effectivement, l'initiative de faire réaliser des visites médicales aux guérilleros emprisonnés est un geste positif. Cependant, dans les circonstances actuelles - persistance des incitations extrêmement belliqueuses d'Uribe - les FARCs ne peuvent se permettre d'accepter la demande de réciprocité. Le risque est bien trop grand de faire repérer les lieux où ils détiennent les kidnappés, avec les conséquences funestes que cela pourrait avoir. Cette demande parait donc assez hypocrite, surtout destinée à manipuler l'opinion en tentant de démontrer que ce sont les FARCs qui bloquent toute avancée.
Une visite médicale des kidnappés ne pourrait avoir lieu que dans un environnement présentant des garanties de sécurité, notamment pour les otages, donc dans une phase très avancée des négociations.
La révélation a été faite par les congressistes de la Commission de Paix de la Chambre des Représentants qui se sont réunis ce jeudi avec l'ambassadeur de France en Colombie, Camille ROHOU. Les parlementaires ont affirmé que, pour la communauté internationnale, l'échange humanitaire doit être fait, même au cours du conflit armé que vit la Colombie, et que cette gestion doit inclure la fourniture de preuves de survie des détenus.
Commentaire:
En même temps que ces trois pays oeuvrent avec des parlementaires colombiens en vue de trouver une issue positive, on assiste à une relance de la part du président Uribe pour que l'armée intensifie ses actions antiguérilla, notamment, en vue de capturer des dirigeants des FARCs. Son attitude, pourrait être motivée par son besoin d'obtention d'aide financière de la part des Etats-Unis, déjà évoquée dans nos lignes. Sa stratégie consisterait à harceler les FARCs dans ses bastions pour les obliger à réagir par des opérations violentes, comme des attentats urbains, en dehors de ceux-ci, ce qui risque de mettre le pays à feu et à sang, et la vie des otages en grand danger. Le but serait de contraindre les Etats-Unis, dont la majorité au Congrès vient de changer, mais qui ont de gros intérêts économiques en Colombie, à maintenir leur aide, destinée entre autres à la lutte contre le terrorisme.
Il donc serait urgent que le Congrès américain, déjà réticent à la fourniture de cette aide colossale, mais jugée inefficace, en conditionne l'attribution à des avancées positives vers de la paix, notamment en exigeant de la part du gouvernement colombien des efforts en vue de la concrétisation du premier pas dans cette voie qu'est l'échange humanitaire.
En confirmant cette nouvelle, Reyes propose un échange, ou échange humanitaire, qui inclut les américains d'une part, et les guérilleros Simón Trinidad et Sonia qui affrontent la justice américaine, d'autre part.Dans la communication publiée sur Internet, Reyes affirme que les trois américains sont vivants, et détenus de manière respectueuse et digne.Il demande au peuple américain de faire pression sur le président Bush pour qu'il soutienne l'échange humanitaire. Il laisse également ouverte la possibilité pour les gouvernements colombien et américain, concernant les prisonniers (américains et Simón Trinidad et Sonia) de faire d'autres propositions raisonnables, susceptibles de convenir aux FARCs.
Si on rapproche cette annonce du fait que ce jeudi, ont commencé les visites médicales - initiées par le Congrès- aux guérilleros détenus dans des prisons colombiennes, on peut y voir de timides initiatives de relance de rapprochements entre certaines institutions gouvernementales et les FARCs. Cette annonce des FARCs ne constitue cependant pas le "coup médiatique" qui permettrait de relancer à coup sûr les négociations.
La résolution exprime sa solidarité active dans le but d'obtenir en Colombie la liberté des politiciens kidnappés, aux mains des FARCs, et de tous les autres colombiens kidnappés par des groupes illégaux. Elle exhorte également les FARCs et les autorités du pays pour que sur la base de critères humanitaires, on obtienne le plus rapidement possible la liberté des captifs.
Le président colombien, au Sommet Latino-américain de Montévidéo a évoqué de nouveau la possibilité de l'échange humanitaire avec les FARCs. Il a indiqué que les portes n'ont pas encore été fermées, et qu'il attendait un geste de bonne foi de la part des FARCs pour relancer le processus.
A cette occasion, il a eu des conversations bilatérales, notamment avec la Commissaire européenne aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, qui défend la cause des otages.
L'attentat de Bogota (19/10/2006), suivi de l'interruption soudaine des contact avec les Farcs par Uribe (21 /10/2006), a coïncidé à la visite en Colombie (24-26/10/2006) de R. Nicholas Burns, sous-secrétaire d'Etat américain aux Affaires Politiques. A cette occasion, ce dernier a promis que son administration demanderait au Congrès américain de maintenir l'aide - destinée, entre autres, à la lutte contre le terrorisme - au niveau de 600 millions de dollars pour 2007.On est fondé de penser que la coïncidence n'est pas fortuite. Soit l'attentat a été piloté par des officines intéressées, soit les FARCs ont donné un "coup de main" au gouvernement pour influencer le visiteur américain.
Par ailleurs,
- d'une part, les attaques des FARCs (et celles attribuées aux FARCs) montrent l'inefficacité du Plan de Sécurité Démocratique d'Uribe, invoqué pour refuser aux guérilleros le port d'armes dans la zone de conversations,- d'autre part le gouvernement colombien a renforcé la présence militaire en Pradera et Florida et y a lancé un certain nombre d'opérations contre les FARCs.
L'annonce d'Uribe conduit à penser qu'à côté d'un attentat "économique", chaque partie serait en train de renforcer sa position, en vue d'arriver à des négociations dans des conditions favorables. Si tel est bien le cas, on devrait prochainement assister à une relance du processus, peut-être par le biais d'un fort geste médiatique de la part des FARCs, qui obligerait le gouvernement.
La présidente du Congrès, Dilian Francisca Toro, a annoncé que, la semaine prochaine, commencera la mission médicale qui visitera sept prisons du pays pour vérifier les conditions de santé des guérilleros des FARCS qui s'y trouvent détenus.Elle a indiqué que par ce geste unilatéral, on cherche à sensibiliser les FARCs, pour qu'ils permettent à une mission médicale de visiter les kidnappés et leur procurer les soins nécessaires.Les visites médicales, qui sont approuvées par le gouvernement, seront effectuées dans les prisons de La Dorada, Caldas, La Picota et El Buen Pastor, à Bogota, Picalena à Ibagué, Bellavista à Medellin, et Palo Gordo dans la municipalité de Giron, établissements pénitentiaires qui hébergent des guérilleros de la liste des "échangeables" des FARCs.
Commentaire:
Ce geste, qu'on pourrait penser "de bonne volonté", semble plutôt destiné à manipuler l'opinion. Si on veut être optimiste, on peut tout au plus y voir le signe d'une minuscule avancée. En effet, il est bien évident que les FARCs n'accepteront pas de faire visiter leurs otages avant que des négociations soient sur le point d'aboutir. Le risque de faire repérer les lieux de détention est bien trop grand, et exposerait à une intervention militaire, extrêmement dangereuse, notamment pour les otages.