Infos Décembre 2006
En même temps que nous souhaitons au peuple colombien le meilleur pour l'année 2007, nous l'encourageons à renforcer sa lutte unitaire contre le néo-libéralisme et contre l'ALCA (Zone de Libre Commerce des Amériques) et le TLC (Traité de Libre Commerce), nous lui demandons de redoubler d'efforts pour concrétiser l'échange humanitaire et pour le début d'un processus qui conduise à une solution politique au conflit. Non pour placer un autre emplâtre aux institutions actuelles qui sont de caractère violent et corrompu, mais pour obtenir avec tous la construction pacifique d'une nouvelle Colombie, juste, démocratique et indépendante, conduite par un nouveau gouvernement de réconciliation et de reconstruction nationale.
Le porte-parole des FARCs a réaffirmé aujourd'hui que sans la démilitarisation des communes de Florida et Pradera, aucune discussion en vue d'un échange humanitaire ne pourrait avoir lieu.
Commentaire:
On se croirait revenu en arrière de trois mois. Les deux parties affirment que les voies d'un échange sont toujours ouvertes, mais leurs exigences sont telles que rien ne semble possible. Avec cette attitude, toute progression est fort lente, puis un évênement remet tout en cause, et on repart à zéro. Les Farcs ont certainement beaucoup à perdre en maintenant, sans donner un signe fort de bonne volonté, une exigence inacceptable par le gouvernement actuel. En effet, les pays européens pourraient se lasser de se heurter à des murs de mauvaise foi. Ils pourraient stopper leur médiation et adopter des mesures de rétorsion, tant à l'encontre du gouvernement colombien (suppression de toute aide), que des FARCs (citation devant le T.P.I.). Ils pourraient aussi ne plus rien faire, et laisser les deux parties s'entretuer consciencieusement comme le faisaient les tribus, jadis, à l'âge de pierre, afin de satisfaire l'ego de quelques chefs sanguinaires.
Espérons qu'on n'en arrivera pas là, et que les médiateurs seront enfin respectés en obtenant de part et d'autre des avancées significatives et durables.
Le président colombien, Álvaro Uribe Vélez, a envoyé aux rebelles FARC une proposition pour accélérer un accord humanitaire qui permettrait de redonner leur lliberté aux personnes kidnappées par ce groupe. Cette information a été diffusée aujourd'hui par le quotidien El Tiempo. Le périodique colombien a indiqué que cela ne signifiait pas que la gestion par des tiers (France, Espagne et Suisse) ait été rejetée.L'offre adressée aux Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) inclut "un compromis de discrétion et de gestes bilatéraux de bonne volonté pour générer de la confiance". Le chef de l'Etat a cependant averti qu'il ne pourrait y avoir aucun type de rapprochement si la guérilla persiste à commettre des attentats, comme celui d'octobre passé dans une unité militaire de la capitale colombienne.
Le Haut Commissaire pour la Paix, Luis Carlos Restrepo, vient d'annoncer que l'accord a été donnée au groupe de pays amis (l'Espagne, la France et la Suisse) de renouer des contacts avec les FARCs en vue de rechercher un accord d'échange humanitaire
Il y a moins d'un mois, une tentative en ce sens avait échoué à cause d'un soi-disant dysfonctionnement des canaux de communication entre la mission européenne et le FARCs. Certaines sources prétendent que les FARCs n'auraient pas voulu recevoir la mission, ou que l'armée aurait "interféré".
Le Haut Commissaire a souligné que dans ce but de renouer des contacts, il s'était rendu à Paris en novembre passé, mais il a insisté sur la nécessité que la gestion en soit effectuée avec la plus grande discrétion. Nous espérons qu'à l'avenir, il en sera ainsi afin de pouvoir progresser dans cette voie", il a ajouté.
Selon l'agence de presse EFE, une source proche de la Présidence colombienne aurait confirmé qu'effectivement Restrepo "a assisté il y a 20 jours à une réunion avec des délégués des pays amis en Europe", mais a ajouté que les initiatives seront développées "avec prudence" et que pour cette raison le Gouvernement ne fera aucun commentaire sur ce sujet pour le moment.
Selon le Haut Commissaire, le Gouvernement est disposé à avancer s'il y a une proposition avec un geste de bonne volonté des Farc, et sans actes terroristes comme des voitures piégées ou autres attentats.
Commentaire:
Comme nous le pensions (4/11, 9/11, 16/11), les péripéties de fin octobre n'ont pas fermé complètement la porte à des négociations, et les pressions que nous attendions se sont bien exercées. Par ailleurs, les FARCs semblent avoir subi dernièrement des revers importants, ce qui pourrait les inciter à adopter une position moins intransigeante. Il semble donc que le processus soit en cours de relance. Cependant, comme Mélanie, nous pensons qu'il est urgent que les FARCs apportent une preuve de vie d'Ingrid et Clara. Ce serait un nouveau pas en faveur de l'échange, et s'ils souhaitent réellement que la négociation reprenne avec de grandes chances d'aboutir, ils peuvent libérer, sans contrepartie, Clara et un des otages américains. Leur demander de libérer Ingrid ne serait pas réaliste: ils se priveraient d'une grande partie de leur audience en europe, ce à quoi ils ne sont sans doute pas prêts. Par contre, libérer un des otages américains lancerait au minimum un débat aux Etats-Unis.
Aux commandants des Farcs,
Nous nous appelons Mélanie et Lorenzo Delloye Betancourt. Nous sommes les enfants d’Ingrid Betancourt. Cette année, ce sera pour nous le cinquième Noël sans notre mère qui vous retenez en otage, et cela fait plus de trois ans et demi que nous n’avons aucune preuve de vie d’elle ni de son amie Clara Rojas qui l’a si courageusement accompagnée. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Combien d’enfants, de mères et de pères, d’épouses et d’époux, attendent chaque jour une lettre, une vidéo, un signe qui leur démontre que leur être cher est toujours en vie ? Nous, les familles, nous avons lutté avec toute notre force et toute notre âme pour un accord humanitaire dans l’espoir de revoir ceux que nous aimons. Mais cette lutte, nous la menons dans la nuit, dans le silence … Nous continuons à lutter pour ceux que nous aimons sans même savoir s’ils sont toujours en vie. Parce que depuis trop longtemps déjà vous nous refusez une véritable preuve de vie. Pour ce Noël, voilà ce que nous vous demandons : faites un geste d’humanité, donnez nous une preuve de vie de notre mère Ingrid Betancourt, de Clara Rojas et de tous les otages dont on n’a pas eu de preuves de vie récemment.
Aux médias en Colombie et dans le monde entier, nous demandons de rester attentifs et d’attendre à nos côtés que ces preuves de vie arrivent pour que l’on puisse continuer notre combat pour la liberté.
17/12/2006: Mélanie, fille d'Ingrid a reçu, hier, le prix RTL 'Femme de l'année 2006.

Mélanie Bétancourt a été désignée par les auditeurs de la radio RTL, qui ont voté sur internet. "Ma mère est française. Ce n'est pas seulement un problème colombien. Aucun Français n'a été retenu aussi longtemps !", a rappelé la fille d'Ingrid Betancourt qui, depuis Courchevel, a interpellé les larmes aux yeux les candidats à la présidentielle "pour savoir ce qu'ils comptent faire". Mélanie Betancourt a reçu cette récompense à Courchevel samedi soir, lors d'une cérémonie organisée dans le cadre des Trophées des Femmes en Or, prix qui honorent depuis 1993 des femmes d'exception dans neuf catégories: recherche, entreprise, communication, art, mode, cinéma, spectacle, révélation, aventure.
"...Beaucoup ont accompli plus de neuf années dans ces conditions et on pense, après tant de temps, que la solution est militaire, solution non atteinte jusqu'à aujourd'hui. Au contraire, de telles expériences peu agréables se sont produites, aboutissant à la mort du gouverneur d'Antioquia et de son conseiller de paix. Tous les jours on invente (le gouvernement) des justifications qui ne permettent pas que s'effectue l'échange humanitaire, sans considération pour les kidnappés, leurs familles, et le pays, qui est dans l'attente que ceci soit mené à bien. Plaise à Dieu qu'on prenne les décisions nécessaires et que le Gouvernement National n'aille pas expliquer qu'il a fait tout ce qui était possible, mais qu'ils ont été assassinés, au nom d'un sauvetage, celà pour démontrer qu'il a gagné. On croit que la solution la plus rapide serait celle de se réunir à une table pour rechercher un accord humanitaire, ce qui, en cas de succès, permettrait également que le Gouvernement ne finisse pas au ban des accusés, mais, au contraire, lui permettrait même d'être applaudi. Dans le cas présent, on devrait utiliser l'adage populaire mieux vaut tard que jamais."
Commentaire:
De la part du gouvernement colombien, depuis longtemps, on ne perçoit plus aucun geste en faveur d'un échange humanitaire, bien au contraire. Il est vrai que l'actualité colombienne est actuellement marquée par les scandales liés à la révélation de liens entre des politiciens proches d'Uribe et les milices d'extrème droite de l'AUC. Ceci fait donc passer le problème des otages en arrière plan.